Lionel reçoit Gilles Kepel N°281

lionel reçoit Gilles Kepel

 

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, une ville du centre de la Tunisie, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s’immole par le feu et embrase le monde arabe. Les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi sont précipités dans les flammes, et l’incendie porte à Bahreïn, au Yémen et jusqu’en Syrie. En deux ans, les révolutions ont abattu des dictatures, mais ont fréquemment porté au pouvoir les Frères musulmans. Le salafisme prolifère, nourri du désenchantement de jeunes et de déshérités dont la pauvreté s’est accrue. Et al-Qaida, qu’on croyait enterrée, resurgit de la Syrie au Mali.

Gilles Kepel rapporte son journal d’un périple de plusieurs années (quarante) passées aux pays des printemps arabes où liberté, justice et démocratie semblent échapper aux révolutionnaires !

Lionel Beaudouin pour URBAN TV. La couverture de votre livre est une superbe photo d’une femme applaudissant. Quelle en est l’origine ?

Gilles Kepel. Si vous comptez les doigts, sur la photo, vous verrez qu’il y a 3 mains et non 2, dont une marque le V de victoire. C’est une photo prise sur la place de Tripoli, le jour de la fête d’Aïd-El-Kébir juste après la chute de Kadhafi elle montre qu’il y a toujours une face cachée à tout évènement. Cette photo montre l’ambigüité qui règne en Libye, le sourire lumineux de cette belle jeune fille, son geste de gaité, de liberté mais aussi un voile rouge qui montre la récupération des islamistes … Une ambigüité qui persiste aujourd’hui où le gouvernement de Libye ne gouverne que dans les limites territoriales du palais gouvernemental, et à Bengazi sauvé par la frappe de Nicolas Sarkozy, où les Français risquent fort d’être pris en otage, à la première occasion, en représailles de notre intervention au Mali… Jean-Baptiste Lopez, le photographe auteur de cette photo et de toutes celles qui agrémentent le livre a réussi des clichés dignes du Caravage et montre à merveille la situation Libyenne et les pays arabes du Mali à la Syrie.

URBAN TV. Un point commun entre le Mali et les pays arabes ?

Gilles Kepel. Le jihad au Mali par les salafistes, n’aurait pu avoir lieu s’il n’y avait pas eu la rémission de la Libye. Ce sont en grande partie des mercenaires maliens embauchés par Kadhafi qui ont fourni l’armement et la force au jihad malien. Le président Hollande a dû intervenir au Mali pour finir ce que la France a entamé en Libye en mars 2012. Le défi reste entier et dépend de l’accompagnement qui va suivre… Si les Touaregs se sentent humiliés par le Sud !..

URBAN TV. La France pourrait-elle ignorer ce monde-là ?

Gilles Kepel. Aujourd’hui par exemple à l’Assemblée Constituante Tunisienne il y a dix députés élus de France qui sont français pour la plupart, cinq de France du Sud et cinq de France du Nord. Aux élections législatives françaises de 2012 sur 6000 candidats il y en avait plus de 400 originaires d’Afrique Noire ou du Moyen-Orient. On a maintenant des sociétés qui sont largement interpénétrées ; d’ailleurs en arrivant à notre rendez-vous dans le train de Mulhouse/Strasbourg mes voisins étaient un couple avec deux enfants, lui salafiste en tenue traditionnelle nord-africaine, elle entièrement voilée de la tête aux pieds. C’est le legs de l’Empire Colonial, on a cru à l’étanchéité de nos états lors de l’indépendance !..

URBAN TV. Le printemps arabe, c’est la révolution 2.0 la jeunesse s’exprime en français ou en anglais sur twitter ou face book, a-t-elle encore besoin d’un maître à penser pour haranguer les foules ? Quid de Ben Laden ?

Gilles Kepel. On a cru cela, mais en fait il était illusoire de penser ou de croire qu’une révolution pouvait se réduire au monde virtuel et c’est pourquoi tout le monde s’est mis à déchanter quand on a vu les frères musulmans arriver partout et de partout. Effectivement quelqu’un comme le Cheikh Gardawi qui est très présent dans mon livre (un frère musulman sunnite égyptien aujourd’hui naturalisé Qatari) prédicateur sur Al jazeera sert de maître à penser à des jeunes, y compris en Europe. Il y a dans le monde arabe une grande vacuité culturelle qui a été favorisée par les régimes autoritaires et ceux qui savaient manipuler à leurs fins le discours de l’Islam, ont été capables de diriger les foules, aujourd’hui l’épreuve du réel s’impose à ceux-là, d’où la fragilité et l’instabilité de la génération 2.0.

URBAN TV. Après avoir vu et analysé les faits politiques de ces dernières années, serait-il possible d’établir une recette pour réussir une révolution à coup sûr : idéologique-religieuse-politique-économique ou encore prendre des mesures pour affamer le peuple ?

Gilles Kepel. On sait que ceux qui font les révolutions ne sont que rarement ceux qui en sortent et qu’elles dévorent leurs enfants, mais en même temps qu’elles sont fondamentales pour l’évolution de l’humanité, que ceux qui les vivent en souffrent énormément. Je ne suis pas sûr que, nous les Français aurions voulu vivre de l’intérieur la révolution de 1789 ? Quant aux pétrodollars, ils sont les ennemis de la révolution. Ceux qui manipulent ces pétrodollars sont en train de dévoyer ces révolutions vers l’Iran chiite où s’affrontent par la Syrie interposée la Chine et la Russie face aux pays arabes…

Editions Gallimard

 





 

 
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