Lionel reçoit Antoine Sfeir N°274

ANTOINE  SFEIR

« L’Islam contre l’Islam » l’interminable guerre des Sunnites et des Chiites.   Chez Grasset

Rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes qui secouent le monde arabe à travers le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Antoine Sfeir a choisi de remonter aux sources historiques et théologiques  de cette guerre, afin d’en mieux saisir les implications géopolitiques.

Du prophète Mahomet aux luttes de succession ouvertes après sa mort, il brosse une fresque magistrale du monde arabe, tel qu’il est, de ses printemps à ses éventuels automnes…

Antoine Sfeir dirige la revue des Cahiers  d’Orient où écrivent des  humanistes à qui il demande d’être précis, de  donner des chiffres et non des à peu près  et des universitaires à qui  il demande d’écrire pour le lecteur et non pour eux-mêmes avec  des expressions simples et accessibles. Le plus difficile c’est de faire écrire deux universitaires de la même discipline dans le même numéro, alors cela devient une Guerre de chapelle !

Lionel Beaudouin pour Urban TV. Vous nous proposez dans l’Islam contre l’Islam une étude très documentée de l’origine des sensibilités de l’Islam. Cette religion vue par un chrétien vous inspire-t-elle pas une méfiance ?

Antoine Sfeir. C’est faux, vous avez lu cela dans wikipédia. Je suis un laïque où ma citoyenneté transcende mes  identités régionales ou communautaires, ce qui  est  important et que  j’ai voulu montrer  c’est qu’à partir d’un même socle on a abouti à deux religions quasi différentes. Dans l’une tout effort d’interprétation s’est arrêté et figé depuis la fin du XI e siècle, dans l’autre l’interprétation  se poursuit quasi en révolution permanente qui a amené le Shah puis Khomeiny en Iran ou encore Attatürk en Turquie  etc.  Il y a un clergé très  hiérarchisé dans le Chiisme et pratiquement pas dans le Sunnisme.  Le Sunnisme  est considéré  comme l’aboutissement du monothéisme, si le Sunnite  veut changer de religion, aux yeux de l’orthodoxie, il ne fait que reculer, il devient donc un apostat  alors que dans le chiisme les croyants sont dans l’attente du mahdi que doit accompagner l’imam caché en attendant  le messie. Les premières années après la mort du Muhammad  en 632 ont été fondamentales. A la naissance du chiisme (où assassinat et coups d’états se succèdent et donnent  naissance à un schisme à trois branches, dont les chiismes et le sunnisme). Nous sommes amenés à avoir de plus en plus de relations avec le monde musulman. Il n’est pas homogène, même chez les Sunnites.

Choisissons nos amis et sachons rester neutres !

URBAN TV. L’éducation nationale  peut-elle apporter une réponse à la frayeur qu’inspire à  certains l’Islam ?

Antoine Sfeir. Tout commence à l’école ; déjà  par la découverte de l’autre :  sur origines, ses croyances et ses vérités. Peu à peu l’autre n’est plus un étranger, mais comment pénétrer ses pensées ? Alors l’éducation nationale a eu la bonne idée de proposer l’étude des religions et par conséquent de l’Islam. J’ai écris une histoire de l’Islam à l’usage de Tous, pour les instituteurs de la république.

URBANTV. Banaliser les différents qui existent entre les religions révélées, n’est-ce-pas faire entrer le loup dans la bergerie ?

Antoine Sfeir. Vous avez raison, il ne faut pas banaliser les différences, au contraire il faut les expliquer, dire les vérités et  donner  à ces enfants les moyens de comprendre pourquoi il y a ces différences,  pourquoi les religions sont des organisations temporelles de communautés. Il faut banaliser les pouvoirs mais pas les connaissances.

URBAN TV. Les politiques et les journalistes ne font-ils pas œuvre dangereuse ?

Antoine Sfeir. Les politiques, les journalistes pêchent par  ignorance.  Mais ce n’est pas facile car on vit dans un monde de l’immédiateté où  l’on peut  masquer  l’ignorance par la peur…  On m’a qualifié d’expert auprès des mondes musulmans, alors j’essaie, lorsqu’on m’interroge, d’expliquer….

URBAN TV. Les révolutions en Afrique du Nord n’ont-elles pas montré le visage de la conquête du pouvoir qu’on ne peut obtenir naturellement ?

 

URBAN TV. Existe-t-il un Islam modéré ?

Antoine Sfeir. Evidemment  il faut le définir.  Si nous travaillons sur le texte on risque d’être choqué  la première partie de la prédication mahométane s’articule  autour de la relation de l’homme avec  son créateur,  la 2e partie peut-être  catastrophique pour une partie des croyants. Il s’est passé 2 ans. Mohamed est redevenu  homme, il a été chassé de la Mecque, il a été poursuivi, il a essuyé  des attentats, il a alimenté  la haine et la guerre de certaines familles…, puis accueilli par une tribu amie il a prôné la paix et l’égalité entre tous sans dogmes et ce n’est que 20 ans après la mort du prophète qu’est né le Coran.

 

Antoine Sfeir. On a eu la même chose en Europe et en France où l’église catholique et…ont exploité le même chemin.

L’Islam des lumières en Andalousie et  à Bagdad traduisait déjà  les textes des philosophes Grecs pour les transmettre à l’Occident. Le savoir, l’information et la connaissance n’ont pas de prix.

 L’Islam des éclairés a existé…

A la sortie d’une conférence quand un auditeur me dit : «  Avec vous j’ai beaucoup appris, je me sens plus intelligent. »

Alors je suis satisfait, j’ai reçu mon salaire.

 

Antoine Sfeir : L’ Islam  contre L’islam  aux éditions Grasset.

Un livre indispensable à qui veut découvrir les religions islamiques.

 

Antoine Sfeir, politologue franco-libanais est directeur fondateur des Cahiers de l’Orient auteur de nombreux   Essais  chez différents éditeurs et «  Vers l’Orient compliqué » chez Grasset.





 

 
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