Lionel reçoit le directeur du MONDE E. FOTTORINO n°254

Eric Fottorino

Mon tour du «MONDE »

Longtemps j’ai rêvé « du Monde. » J’y serai entré même à genoux ! Depuis mon premier article, paru en 1981 – j’étais encore étudiant-, jusqu’à mon départ en février 2011, près de trente années se sont écoulées.

Eric Fottorino dans Mon tour du «  Monde », pavé impressionnant de plus de 500 pages narre avec précision, mais non sans humour, une vie au service du grand quotidien voulu par Charles de Gaulle.

Lionel Beaudouin pour URBAN TV. En parcourant votre biographie j’ai l’impression que vous avez privilégié le journaliste au directeur ou au président gestionnaire d’entreprise. Comment avez-vous concilié les deux ?

Eric Fottorino. J’ai tout d’abord choisi ce métier pour les rencontres, les découvertes, pour transmettre l’information. Je n’étais pas préparé, je n’avais pas l’ambition de diriger un journal, surtout en temps de crise où le quotidien est plus de décider d’un plan social ou de cession d’actifs etc… . Le journaliste a souffert quand il est devenu directeur… Mais mon moteur c’était la nécessité… ! La presse écrite  en particulier quotidienne est en pleine mutation, en crise, en métamorphose dans le sens ou ce qui va mourir n’est pas encore mort et ce qui va naître n’est pas encore né, on restait dans un « entre deux » à inventer un nouveau modèle sachant que les difficultés spécifiques  étaient les pertes financières du groupe en grande faiblesse. J’étais l’horloger de la mauvaise heure !

URBAN TV. Vos relations avec Edwy Plenel ont-elles évoluées ces dernières années ?

Eric Fottorino. A vrai dire on s’est croisé deux ou trois fois de manière tout à fait cordiale. C’est un confrère, même si, je lui ai adressé un certain nombre de critiques et qu’il en avait autant à mon égard. Il a toujours eu un certain respect et cela ne s’est jamais envenimé. Il  a travaillé au Monde dans les années 80 et redonné un éclat et de l’audience par ses qualités d’investigation, puis par la suite quand l’investigation a laissé la place au règlement de compte c’était moins propice à la sérénité. La différence entre Plenel est moi c’est qu’il est d’abord un militant qui utilise le journalisme comme un moyen alors que moi je suis resté un journaliste.

 URBAN TV. Le journaliste a, à plusieurs reprises, cédé la place au romancier. Comment concilier un métier qui peut rapporter beaucoup d’argent et l’abnégation du journaliste.

Eric Fottorino. Disons qu’en France on a l’habitude de mettre les gens dans une case et quand vous êtes un journaliste et que vous obtenez une certaine reconnaissance du public vous ne pouvez pas échapper aux jalousies, aux envies et cela se traduit par des critiques qui vous sont adressées parce que vous n’avez pas choisi votre camp… Moi je ne mélange pas les genres, quand je suis écrivain je le suis à 100%, quand je suis journaliste c’est pareil. Le journalisme c’est le temps des autres, le romancier c’est mon temps, presque intérieur. Le journalisme n’a d’ailleurs inspiré que deux de mes romans sur dix parus : Un « Cœur d’Afrique » et surtout « Nordeste » où il est question de commerce d’enfants.

URBAN TV. De temps en temps, dans votre livre, vous montrez un rapprochement du journaliste et du pouvoir, en particulier avec François Mitterrand et Roland Dumas !

Eric Fottorino. Là vous faites erreur. S’il y a eu des chasses à l’homme c’était avant ma gouvernance, je me suis empressé de remettre les choses dans l’ordre, je me suis attaché à ne mener aucune campagne contre ou pour qui que ce soit !

URBAN TV. Très longtemps le Monde s’est voulu sans couleur et sans image, sauf celle de Plantu. Cela n’attire pas forcément les annonceurs ? Et leurs budgets sont vitaux pour la presse !

Eric Fottorino. En 2005 j’ai été chargé de réfléchir et de réinventer une nouvelle formule du Monde. J’ai voulu que l’on prenne en compte le fait que pour les lecteurs le journal devienne attrayant. Hubert Beuve-Méry disait « le Monde doit coûter son prix plus l’effort de le lire ». Nous  avons fait entrer au Monde la photo, l’infographie, la couleur pour faciliter l’entrée dans les textes et les pages et la publicité évidemment.

URBAN TV. Depuis sa création le monde a toujours eu une défiance envers l’argent !

Eric Fottorino. Longtemps on a espéré au Monde qu’il resterait le journal des journalistes, c'est-à-dire qu’il n’y aurait aucun actionnaires capitalistiques majoritaires extérieurs, sachant que la presse grandit la démocratie. Et puis on s’est rendu compte que les coûts de la presse hérités de 1945 sous la pression de la CGT du Livre devenaient démesurés et incompressibles. Mon souhait était dès 2008 d’adosser le Monde non pas à une industrie ou à un groupe financier, mais de former un Groupe de Presse Européen suffisamment fort pour contrecarrer les syndicats de presse qui bloquent tout aménagement, en particulier à l’imprimerie et dans la diffusion. Au Monde si les journalistes faisaient grève face aux syndicats et vice versa les syndicalistes ne cédaient pas. Maintenant face à l’argent ils cèdent.

 

 

Eric Fottorino traite ensuite de la responsabilité de la presse sur le plan social, civique et sociétal, ensuite sur le flic ripou et le journaliste qui peut frayer avec les truands pour le droit à l’info. Mais aussi sur la fugacité des textes de la presse quotidienne et le besoin d’en reprendre le meilleur dans des éditions mensuelles et annuelles…

A suivre dans le livre paru aux éditions Gallimard et sur URBANTV.FR rubrique Urban dans votre Ville.

 

 





 

 
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