KAOUTAR HARCHI

L’Ampleur du Saccage

Kaoutar Harchi.

 

Lionel Beaudouin pour URBAN TV. Votre origine marocaine n’explique pas le pourquoi de l’Algérie choisie pour être le théâtre de l’action de votre livre.

Kaoutar Harchi. Lorsque j’ai écrit ce roman comme le premier d’ailleurs, je n’ai pas écrit en tant que marocaine, j’ai choisi l’Algérie parce que c’est un pays attachant, fascinant de par son histoire coloniale, riche en couleurs, en lumières…un pays à la liberté en devenir où chacun a beaucoup de mal à s’affirmer, un pays symbole de détresse avec un côté romanesque matière à des écrits poignants, d’ailleurs les grands auteurs que j’admire d’Afrique du Nord sont tous Algériens.

URBAN TV. Votre livre est-il une pure fiction ou d’inspiration de faits divers proches ou étrangers ?

Kaoutar Harchi. C’est de la fiction, mon but était de mettre en scène deux jeunes hommes qui ont du mal à mettre en adéquation ce que la société attend d’eux et en même temps à respecter leurs désirs et être capable de les assouvir. Mon roman tient plus de la fable ou du conte où l’atmosphère prime sur la trame dramatique.

URBAN TV. Un roman où peurs et fantasmes sont les fils conducteurs  dignes d’une tragédie antique. Un roman  ou un essai sociologique anthropologique où se mêlent immigration, chômage, drogue et sexe dans un univers poétique riche en couleurs et atrocités dérangeantes. A quel niveau situez-vous votre livre ?

Kaoutar Harchi. C’est un vrai roman où la dimension imaginaire et ma capacité à aller là où la réalité n’est pas forcément présente là où on l’attend. Il y a des réalités qui pourraient relever d’un intérêt anthropologique ou ethnologique dans les ensembles de croyance ou de comportement. L’Ampleur du Saccage ce n’est pas çà, c’est un Roman où l’on brasse une certaine culture, croyance qui participent à détruire certains individus, à leur faire du mal, à les ruiner physiquement autant que mentalement mais de pouvoir aller au plus loin de ce que l’imaginaire permet, sans complaisance.

URBAN TV. Vous mettez en avant cette répression sexuelle, point de départ de la tragédie, alors que l’abstinence sociétale et la tentation de la chair mêlée à la déification maternelle qui entraîne les protagonistes dans la dérive. Cette seconde face a-t-elle moins d’importance que la première ?

Kaoutar Harchi. Pour moi c’est la volonté de saisir la difficulté qu’il y a dans certaines sociétés arabo-musulmanes et très globalement la difficulté d’être un homme et de s’assumer ainsi à la fois de répondre aux injonctions sociales de puissance, de virilité  et de domination et à la fois d’être incapable de gérer sa propre intimité. Les quatre personnages masculins retrouvent autour de ça  la difficulté qu’ils ont tous selon des modalités différentes à gérer leur propre corps et le corps de l’autre d’où l’impossibilité d’assumer ce qu’ils sont, les rencontres, les femmes en particulier. C’est intéressant pour moi d’explorer en tant que jeune femme ce que je ne connais pas ; c’est pour moi également une manière de m’affirmer comme une manière de m’émanciper d’un certain regard masculin sur Moi ;  je me retrouve à égalité avec eux, c’est une démarche qui me permet de me mettre à leur place et c’est moi qui les regarde.

URBAN TV. Quel message ou peut-être même qu’elle excuse ce roman apporte à la population immigrée d’Afrique du Nord telle qu’on la perçoit actuellement ?

Kaoutar Harchi. Excuse ! Je ne crois pas car il n’y a pas de bons points à distribuer. Je suis Arezki le personnage principal, ce qui me permet de le regarder avec compassion, je sais qu’il a fait des actions inexcusables et atroces, mais surtout cela me permet de comprendre par où il est passé, d’où il vient et de dévoiler ses angoisses et inquiétudes jusqu’à arriver à en être tétanisé et basculer vers la barbarie hors de toute humanité. L’objet même de mon roman de ne pas d’accabler  mes personnages ni même d’en faire un projet moral.

URBAN TV. A plusieurs reprises vous évoquez les imams organisateurs d’orgies  sexuelles. Pouvez-vous développer ?

Kaoutar Harchi. Encore une fois il faut le préciser il n’y a pas de vérité, ni mensonges c’est de l’imaginaire. Çà m’amuse de dire que les imams fixent les prix dans les bordels, de les mettre hors de leur rôle de guide des croyants et de les mettre devant leur position d’homme terrestre. La religion devient alors un système social qui permet de régler les problèmes de voisinage.

URBAN TV. « Les hommes sont transparents en blousons de cuir et la tête enfouie sous des capuches épaisses – je vois une femme qui n’existe pas ! ». Faites vous un lien avec le désir de l’obligation des femmes à porter tchador, burka et autres tenues dissimulatrices pour rendre l’être transparent ?

 

Kaoutar Harchi. C’est aussi beaucoup de bruit vis-à-vis du foulard et des questions de laïcité, je pense qu’il y a aussi une autre dimension qui est intéressante c’est que dans le roman les femmes pour exister n’ont pas d’autre solution que de se voiler, effectivement c’est dérangeant mais elles sont quand même dehors. Là d’où elles viennent mieux vaut être dehors voilée s que dedans soumises et sans voile. C’est peut-être une étape vers plus de liberté. Pour elles  c’est un moyen de pouvoir se confronter aux autres tout en rassurant la communauté, je ne suis pas nue dehors tout va bien mais c’est un pas vers l’extérieur et la société.

URBAN TV. L’Ampleur du Saccage, économique, social, religieux, sexuel, est-il le fait exclusif des Immigrés ?

Kaoutar Harchi. On peut tout à fait transposer cela dans des situations très différentes, il se trouve que là l’islam et la communauté maghrébine sont directement visés, heureusement et malheureusement ils ne sont les seuls à être touchés par ces questions là, la misère sexuelle et affective et les rapports très compliqués des hommes et des femmes s’étalent à l’échelle de la société.

URBAN TV.  On s’aperçoit aujourd’hui que l’éducation universitaire laïque des femmes musulmanes se développe plus vite que celle des hommes.

Kaoutar Harchi. Effectivement c’est peut-être un contre balancement à la domination provisoire masculine sur toutes les autres responsabilités dans la société.

Editions Acte Sud.

 





 

 
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