Lionel reçoit Dany Laferriere N°342

 

Dany Laferrière

Mythologies américaines

Né à Port- au- Prince en 1953 d’un père intellectuel et d’une mère archiviste Dany passe son enfance avec sa grand-mère à Petit-Goâve dans un univers de libellules, de papillons, de fourmis où dominent les montagnes bleues et la mer turquoise de la Caraïbe. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : l’Odeur du café et le Charme des après-midi sans fin.

Des études secondaires ponctuent son éducation.

Dès 19 ans, ce sont des petits boulots plutôt journalistiques, en 1976 son ami Gasner est assassiné sur une plage,  il quitte précipitamment Port-au-Prince et s’exile à Montréal. Après la dictature Duvalier en Haïti et la débâcle des Tontons macoutes il se remet à voyager et fait paraître, en 1985, le roman : « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », un succès explosif au Québec. C’est l’époque où lui-même « le nègre » présentera la météo à la télévision québécoise. Un Noir annonçant « la neige  et les angoissantes blancheurs de février»…aime-t-il à dire !

En 2015 Jean d’Ormesson lui remet, dans les salons de l’hôtel de ville de Paris, l’épée d’académicien. Election au fauteuil numéro 2, il y succède à Montesquieu  et à Alexandre Dumas fils celui de « la Dame aux camélias » ces Dumas issus de familles de militaires  tirent leur nom, non pas du général  mais de la mère, « une négresse » esclave nommée Marie-Louise Césette Dumas. Un fauteuil numéro 2 où se succèdent bon nombre d’intrépides. Dany Laferrière  en tire un trait d’humour : « Enfant, j’étais du côté de D’Artagnan, aujourd’hui  je me range derrière le cardinal de Richelieu. Le temps nous joue de ces tours ! »

Je reçois Dany Laferrière  à l’hôtel Cathédrale entre deux sandwiches qu’il avale précipitamment pour récupérer le temps qu’on perd en faisant la sieste !

Lionel Beaudouin pour URBAN TV. Un pavé aujourd’hui qui résume à lui seul une part conséquente de l’œuvre de Dany Laferrière ! Une grande transaméricaine Nord Sud ou plutôt l’inverse romancée qui reprend plusieurs de vos romans !

Dany Laferrière. Après une quinzaine d’années de travail acharné, et plus de 20 ouvrages, j’ai décidé de ne plus écrire de nouveaux romans, en restructurant l’ensemble de mes ouvrages, en établissant des passerelles entre les textes et réécrivant de nombreux chapitres, jusqu’à découvrir qu’il s’agit d’un seul livre : « Mythologies américaines » permet  de relier les deux cycles américain et  haïtien pour en faire une peinture des sociétés panaméricaines.

URBAN TV. A ceux qui vous demandent pourquoi vous ne vous consacriez pas à la dénonciation de la dictature…

Dany Laferrière. Je réponds que les tyrans s’efforcent de coloniser notre existence entière, notre premier devoir est de les écarter de notre champ de vision pour nous consacrer à notre œuvre !

URBAN TV. Pour reprendre quelques mots d’Amin Maalouf lors de votre réception à l’Académie, vous dites : un révolutionnaire n’est-il  pas un séducteur !

Dany Laferrière. Contrairement à mon père je ne suis pas un révolutionnaire, mais pour passer des idées quoi de mieux que la séduction quand j’utilise les termes : lutte - combat- attaque- stratégie- conquête, ce sont toujours sous ma plume des métaphores sensuelles. D’ailleurs l’un des romans que

 

 

 

je reprends dans « Mythologies américaines », aujourd’hui, ne s’intitule- t-il pas  « Cette grenade dans la main d’un jeune Nègre est-elle  une arme ou un fruit ?

URBAN TV. S’agissant de vous, nous avons une certitude : c’est un fruit !... ?... A toutes les époques il y a des rendez-vous avec l’histoire, il est légitime pour nous de méditer sur ceux des temps passés !

Dany Laferrière. Des rendez-vous avec la France Haïti, ex St Domingue, en a eu plusieurs, l’un d’entre eux a été remarquablement terrifiant c’est le jour où Napoléon 1er rétablit l’esclavage sur notre île. Je n’ai aucun devoir de reconnaissance envers la France, mon pays s’est affranchi en chassant le colonisateur. Si j’écris en français c’est que c’est ma langue maternelle et celle du Québec où j’ai vécu en exil.  Rendons hommage à Senghor : « Nous sommes des métis culturels…le français est une langue à vocation universelle où les mots abstraits ont des échos - si rares dans nos langues maternelles - où les larmes se font pierres précieuses… ». Pour rien, la langue française, comme toutes langues n’a de valeur. Ce sont les locuteurs qui donnent des valeurs à la langue.

 Il y a trente ans je ne voulais écrire qu’un seul livre, aujourd’hui le pavé que vous tenez est celui-là : De l’Amérique et ses  dévorantes mythologies, la vitesse, le désir tenu en laisse comme un chien enragé par une Lolita, le succès, et toute cette bondieuserie qui dégouline de la bouche des pasteurs noirs et politiciens blancs.

Truman Capote au Park Hôtel. Comment faire l’amour…Cette grenade dans la main… Fête chez Hoki. Le zoo du Kama-sutra. Versions, 2016, près de 600 pages délicieuses.

On nous emmerde avec l’identité. En Haïti, on a un surplus d’identité.

 





 

 
    Accueil - Programme TV - People TV
Sortir au cinéma - Sortir au restaurant - Agenda
Infos vie pratique - Infos multimédia - Infos voyages - Infos intérieur - Infos autos motos
Annonces autos - Annonces motos - Annonces immos - Annonces bonnes affaires - Annonces emplois
Communiquer dans Urban TV - Créer votre Urban TV
Courrier des lecteurs - Enquête de satisfaction
Site partenaires :
Amenothes Conception