Lionel reçoit Philippe Val N°325

Philippe Val

Malaise dans l’inculture

Philippe Val est un journaliste, humoriste, animateur de radio, écrivain, auteur compositeur et sociologue, né à Neuilly en 1952…

Dans son dernier livre ‘’Malaise dans l’inculture’’ Philippe Val dénonce notre société où l’Homme se trouve « face à un mur, derrière lequel agonise le débat démocratique, et propose la réhabilitation du marteau piqueur ».

« A quoi bon la culture puisque le monde tient désormais en deux catégories : like et unlike ? C’est ainsi qu’on subit jusqu’à la nausée les dénonciations d’Edwy Plenel, les indignations d’Edgar Morin… »

Nous avons rendez-vous chez Yvonne pour dîner, garde du corps en pole position, nous devisons sur l’évolution sociétale au cours des siècles passés. De Montaigne à Marine Le Pen en passant par Voltaire, Rousseau l’inspirateur des sanguinaires de la Terreur et du communisme ou encore Charles Trenet, aucun n’échappe à son œil critique.

Sans oublier son passage à la direction de France Inter (5 ans) et de Charlie Hebdo (17 ans), ce qui justifie probablement le garde du corps.

Lionel Beaudouin pour URBAN TV. Peut-on considérer que le djihadisme soit issu de l’inculture ?

Philippe Val. Le djihadisme dont il est question est une conséquence première de l’inculture et j’essaie d’en trouver les causes.  Parmi ces causes il y a une pensée simple, simplifiée, simpliste que j’appelle le sociologisme qui au lieu de penser décide de ce qui est bien, de ce qui est mal, de  qui est opprimé ou l’oppresseur. Une pensée qui fait faire l’économie d’un vrai travail sur la réalité et quand… on  commence  à ne plus s’intéresser à la réalité, sous prétexte qu’elle ne correspond pas à l’opinion que l’on a, c’est grave.  Je dénonce des phénomènes, notamment  le djihadisme, qui n’a pas de raison de se référer à la culture. Ce qui fait la culture générale d’un peuple n’est pas forcément une quantité de savoir mais plutôt un désir de savoir, on partage un désir de savoir ou on ne le partage pas ! Un désir de connaissance scientifique, artistique, mathématique, d’information ; ce qui fait la culture qu’on pourrait dire d’un bon citoyen dans la démocratie moderne du vingtième siècle.

URBAN TV. Avez-vous des raisons de penser que l’on puisse vaincre le djihadisme de l’inculture, et par quels moyens, qui en sont  les financiers, les mentors ou les gens qui exploitent ce phénomène ?

Philippe Val. Tout d’abord il faut arrêter de trouver des causes sociales au djihadisme, les djihadistes sortent de milieu très différents, de milieux pauvres ou de milieux riches, certains de sociétés occidentales, européennes, d’autres de sociétés arabes, africaines ou encore asiatiques. Où est la cause sociale ? Colonisation, maltraitance de l’immigration ? Qu’en est-il en Indonésie ou en Asie centrale ? Ou au Mali ? Il est ridicule de penser que le djihadisme  et le terrorisme aient des causes sociales, ce serait trop facile ! Les causes réelles sont politiques et culturelles. Les causes sociales seraient faciles à éradiquer, il suffirait de mettre un chéquier sur la table ! Alors on préfère penser que ce n’est ni culturel, ni cultuel, ni politique… Comment lutter contre cela ? Quand il s’agit de lutter contre des enlèvements, des exactions comme au Mali, il ne peut y avoir que des solutions militaires ; et policières à l’intérieur des démocraties car  il faut débusquer, prévoir, prévenir les attentats et la manière dont se répandent les idées nazies  ou antisémites violentes,  on assiste là à une renaissance chaotique d’une idéologie nazie, quand quelqu’un sort de chez lui avec une arme lourde et s’apprête à tuer des gens ou des enfants, là on est en plein dans l’idéologie nazie. Il faut donc des solutions militaires, policières mais aussi culturelles, il faut cesser de remuer ce terreau-là. Je pense que le sociologisme dont je parle dans mon livre est une des causes qui rend propice la multiplication de ce phénomène. Le travail sera de long terme en considérant qu’il y a une génération perdue vraisemblablement, mais qu’il va falloir se poser les vraies questions, ce qui n’est pas, pour ce que l’on en sait dans le réforme de l’enseignement qui s’engage, bien au contraire… Il y a de par le monde quelques dizaines de pays qui vivent sous le régime de l’état de droit et ces pays-là sont ceux que l’on rend coupable de tous les maux de la terre, nous sommes tous dans le malaise de l’inculture, de la méconnaissance de nos propres régimes politiques, ils sont impurs, perfectibles mais c’est ce qui fait leur beauté car ils dépendent  de nous pour évoluer, ils garantissent notre liberté, si tant est, que nous aimions cela. La culture qu’il faut rétablir c’est cet amour de l’état de droit, cet amour des pays démocratiques. Aujourd’hui on cite plutôt le Venezuela que l’Angleterre, plutôt l’Iran que les Etats-Unis, plutôt la Chine et la Russie que la France et l’Allemagne : n’est –on pas tombé sur la tête ? Tout n’est pas rose dans les états de droit mais il faut aussi savoir les chérir, ils sont fragiles, précieux, rares et ils ont vocation d’être contagieux, les conditions de possibilité de bonheur qu’ils offrent au corps humain sont évidentes

URBAN TV. Pensez-vous que le djihadisme s’éteindra avec la disparition des besoins du pétrole ?

Philippe Val. Cela n’a rien à voir, ne pensez pas que les hommes  soient guidés  par leur intérêt financier, il y a autre chose : le ressentiment, la haine de soi dont parle si bien Nietzsche. Les gens qui détestent l’occident sont des gens qui,  par ailleurs lorsqu’ils ont en la possibilité, aiment le Coca-cola, les autoroutes, la musique. Les vrais coupables sont les gouvernements qui ne sont pas des démocraties !

URBAN TV. Vous dites dès le début de votre livre que c’est la faute à Rousseau. Pensez-vous que Lénine, Mao ou Pol pot en soient les héritiers directs ?

Philippe Val. Rousseau est un immense écrivain, un grand esprit, il a modernisé et rendu fiable un outil de décodage et de compréhension du monde qui a eu un grand succès et une grande descendance. Pour lui l’homme naît bon et la société le rend mauvais. Je pense le contraire, j’ai un bébé de treize mois, tout est pour lui, il n’y a pas de limites à son désir d’engouffrer l’univers, il va falloir que la société lui apprenne l’autre, le partage, l’amitié, la compassion. Rousseau pensait que la culture pervertissait le peuple, je pense que la culture élève le peuple…  Rousseau avait pour modèle dans l’antiquité Sparte, c’est à dire un état totalitaire contre Athènes, un état cosmopolite ouvert sur la mer... Ce modèle a servi à cette partie de la gauche que la société devait faire en sorte que cet homme, né bon, devait s’épanouir en tant qu’être, naturellement bon et du coup quand l’homme est mauvais à cause de la société, il n’est pas responsable de ses actes, exemple le terrorisme, mais si l’on n’est pas responsable cela  veut dire qu’on n’est pas libre, c’est l’avers et le revers d’une même médaille ! Ces penseurs-là, qui ne pensent pas à la responsabilité de l’autre ne pensent pas non plus à sa liberté  et cela a donné le bloc communiste où les gens n’étaient pas libres, c’est tout ! Ce sont les germes du totalitarisme.

URBAN TV. Les journalistes du Figaro sont-ils aussi responsables que ceux de Charlie ?

Philippe Val. Là-dessus on est tous égaux !

URBAN TV. Vers la fin de votre livre vous signalez le triptyque liberté-égalité-fraternité. Vous en inversez les termes et remplacez l’un par l’amitié, ne serait-il pas bon d’en faire un tétraptyque ajoutant vérité ?

Philippe Val. Je ne suis pas d’accord car la vérité est une chose impossible à exprimer, car la vérité peut-être vraie et non durable. La vérité scientifique évolue par l’étude. La vérité de l’adultère au dix-neuvième siècle de Flaubert n’est plus d’actualité au vingtième siècle. Les philosophes antiques voulaient que l’on se réfère au vrai, au juste, au beau pour guider nos vies. Mais le vrai est très intime, tandis que la philosophie s’est attachée aux principes les plus universels possibles. L’amitié définie par Socrate, forgée comme je le dis dans mon livre par Montaigne  définit la conduite de l’homme moderne, de l’autre. L’amitié est plus forte que la fraternité régie par les liens de sang en dehors de l’esprit chrétien. L’amitié engendre les deux autres termes du triptyque. L’égalité peut engendrer le ressentiment, la jalousie, la haine, la guerre, je préfère que l’amitié engendre l’égalité.

 

 

 

Si chaque média avait eu la volonté de reprendre les caricatures la dilution aurait été telle que les ripostes djihadistes n’auraient pas été possibles !...

Philippe Val est chroniqueur et essayiste, on lui doit aussi ‘’ Reviens Voltaire ‘’, ‘’ Ils sont devenus fous et Traité de savoir survivre par temps obscur ‘’.

 





 

 
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