Lionel reçoit NINA Bouraoui N°294

NINA BOURAOUI    STANDARD

 

Nina Bouraoui née à Rennes en 1967 est l’auteur, entre autres, de la Voyeuse Interdite (prix du livre Inter) de la Vie Heureuse, de Mes Mauvaises Pensées (prix Renaudot) puis d’Avant les Hommes et Nos Baisers sont des Adieux…

Sans oublier qu’elle est l’auteur de chansons à succès pour Sheila, Céline Dion…C’est toujours avec un certain plaisir qu’elle  écoute ses interprètes qui font rêver.

 

Lionel Beaudouin pour URBAN TV.  Certains humains pensent que l’être est unique. Bruno votre héros pense le contraire, qu’il y a les élus et les standards. Vous donnez la parole aux standards, pourquoi ?

Nina Bouraoui. C’est  une rupture avec ce que j’ai fait avant qui était autofictionnel. Quand j’ai voulu faire du pur roman,  ce personnage s’est imposé à moi. Il est le reflet de notre société qui ne va pas très bien, où l’humain devient interchangeable, que ce soit dans l’entreprise ou dans le cadre de vie habituel, c’est la réalité de la fiction 1984 d’Orwell. Bruno a conscience de sa faiblesse et se complait dans sa médiocrité. Il a le sentiment d’appartenir à la foule et d’être un petit point parmi d’autres, même si je ne m’identifie pas à Bruno, je le comprends.

URBAN TV. Vous n’êtes pas tendre avec Bruno. Vous semblez avoir une sorte de sympathie envers Marlène, comme si la femme avait un compte à régler avec l’autre sexe !

Nina Bouraoui. Je ne suis pas tout à fait d’accord, parce que Marlène est le prototype de la garce, épouvantable femme à laquelle on ne voudrait pas ressembler. C’est l’image de la starlette d’un petit bourg qui a des rêves et ne les réalise pas, c’est la femme toxique comme aurait pu l’être Isabelle Adjani dans l’Eté Meurtrier. Un caractère de femme  qui fait  fantasmer les hommes et pourquoi pas les femmes. Quand j’ai créé  mes personnages je n’avais pas de jugement moral. Quand le livre fut fini, on peut penser que …mais j’ai plus de tendresse pour Bruno même s’il est très noir, replié sur lui-même.

URBAN TV. Vos personnages étaient-ils construits dès les prémices de l’écriture ou  se sont –ils affinés au fil de l’eau ?

Nina Bouraoui. Le roman avant sa mise sur le papier était  déjà très abouti  dans mon esprit, chaque scène, chaque trait de caractère étaient déjà arrêtés. C’est le prolongement des lectures de romans et autres livres de ma jeunesse : la métamorphose de Kafka – la chute de Camus - Sartre…avec une idée philosophique : savoir si l’on peut contrôler le déroulement de son destin !

URBAN TV. Pensez-vous que la classe « des standards » qui naissent, vont à l’école, se marient, se reproduisent est comme une caste dans laquelle on ne sort pas ?

Nina Bouraoui. Toute notre vie on est prisonnier de sa condition sociale, c’est la tragédie de ce livre et pour en sortir il faut être fort et courageux, se remettre en question ce n’est pas le cas de Bruno, le passif. Ce n’est pas plus le cas des gens qui cherchent à s’en sortir pour qui c’est toujours provisoirement !

URBAN TV. La liberté, on naît avec on ne l’acquiert pas, on l’a en soi ou on ne l’aura jamais ! Les chrétiens disent connaître et aimer Jésus, c’est donner sens et bonheur à la vie. Alexandre Jardin dit : il ne faut pas se contenter de naître, il faut se construire et renaître de soi-même !

Nina Bouraoui. J’ai eu une jeunesse plutôt mystique, mon père était musulman, ma mère athée, mon éducation chrétienne, je n’ai pas vraiment  choisi. J’aime croire en une force supérieure et surtout en la bonté, la bienveillance, le fait de Dieu, c’est l’amour que l’on peut avoir les uns pour les autres. Chaque humain a une part de bonté en lui, encore  faut –il  qu’il s’en souvienne !... Le monde va vite, chaque progrès technologique amène de la déshumanisation et on ne communique plus.

URBAN TV. Le monde serait-il plus tendre, plus juste, plus raffiné ou plus fraternel dans l’homosexualité, ou la chasteté ?

Nina Bouraoui. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, on était en plein débat de « mariage pour tous ». J’ai été très choquée par la violence, l’extrémisme des propos, l’agressivité, l’irresponsabilité des gens qui font défiler les enfants. Notre société est malade, une société qui a peur des minorités, c’est une société qui a peur d’elle- même, qui a peur pour elle, c’est la peur qui instaure le rejet de la différence. Quant à  l’homosexualité, les gens n’ont toujours pas compris. Ils sont dans le fantasme, la perversité. Si les lois  ne doivent pas être au bénéfice exclusif des minorités, elles ne doivent pas les exclure !  Quant au phénomène de la chasteté  des laïques ou des religieux, je ne l’ai pas abordé dans ce livre…

URBAN TV. Votre jugement ! A qui donner l’absolution, à Marlène ? A Bruno ou Gilles ?

Nina Bouraoui. Sam sera peut-être un petit macho terrifiant ? Marlène, Gillou, Bruno  resteront fidèles à eux-mêmes. Marlène prend l’initiative de la fin comme on tire le rideau, à vous de construire les images « manquantes ».

Nina Bouraoui pour son 14e livre quitte l’autofiction pour le roman. Depuis un an et demi elle n’a pas écrit. A la suite de la perte d’un être cher, elle est arrivée au bout d’un cycle et c’est l’occasion pour elle de changer de braquet.

Bruno l’anti-héros, Marlène la vamp, lui permettent de s’interroger sur le sens à donner à sa vie et sur sa place dans la société…

Standard, un roman aux éditions Flammarion.

Chaque quatorzaine dans URBAN TV, la liste des rencontres avec les auteurs invités par la librairie Kléber Salle Blanche.

 





 

 
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